L’INDE : UNE PUISSANCE EN EBULLITION

Alors que l’Empire du Milieu est courtisé par le monde entier, l’Inde ne l’est pas encore. Pourtant l’Inde a l’ambition d’être une puissance mondiale qui compte. La plus grande démocratie du monde, dotée de la puissance nucléaire dispose d’atouts majeurs pour concurrencer prochainement la Chine.

les auteurs, étudiants suivant la formation MASTERE SPECIALISE EN « MANAGEMENT DE LA CHAINE LOGISTIQUE-ACHAT » à Nancy :

 :

Anne AGUILAR 

Jean-Valéry BOVI
Pierre-Yves COYDON

Sandrine NENNIG 

Yann SPAGNOL 

Aymeric VIAL

 

(en savoir plus sur les auteurs et leur formation)

 

 

 

 

CULTURE, EDUCATION

 

A commencer par sa puissance démographique qui verra sa population dépasser celle de sa voisine d’ici quarante ans. Tout comme en Chine, la classe moyenne s’accroît. Elle représente déjà 250 millions habitants désireux de mêler consommation à l’occidentale et culture indienne. D’ici 5 ans, 180 millions d’Indiens devraient rejoindre la classe moyenne. Le ministre du commerce indien Kamal Nath comparait la Chine et l’Inde en ces termes : « En Inde, l’investissement est orienté par le marché domestique alors qu’en Chine il est conduit par le marché export (1/3 du PIB)».

Un des atouts de l’Inde provient de son histoire coloniale. La présence des anglais a contribué à imposer la langue anglaise en tant que langue officielle. L’anglais couramment parlé par une minorité qualifiée est un avantage de taille dans l’économie mondiale.

Le second avantage par rapport à la Chine vient de son système éducatif. Les universités et notamment les célèbres Institut de Technologies ITT forment des élites talentueuses, très qualifiées. Pour preuve de leur niveau, les USA attirent un nombre sans cesse croissant d’étudiants indiens. Ils représentent déjà 10% de l’ensemble des étudiants étrangers aux USA et 38% des étudiants ingénieur étrangers. Le réservoir de diplômés paraît inépuisable avec 300000 ingénieurs formés chaque année soit 6 fois plus que les USA. La nouvelle génération de diplômés bénéficie à la fois de la libéralisation économique, entamée en 1991 et des nouvelles opportunités professionnelles créées par l’externalisation et les délocalisations. Cependant, la forte demande d’emploi de personnels qualifiés va maintenir des salaires très compétitifs. Ainsi, le salaire moyen d’un ingénieur indien est de 6000 €/an. Cela défie toute concurrence occidentale même si ces revenus dépassent très largement le revenu moyen indien.

 

INDICATEURS ECONOMIQUES

 

Si la Chine est en passe de devenir l’usine du monde, L’Inde mise clairement sur l’économie du savoir. Les investisseurs ne s’y trompent pas. Selon un rapport de AT Kearney, d’octobre 2004, l’Inde est passé du 6ième au 3ième rang mondial des destinations les plus attractives pour les investisseurs derrière la Chine et les Etats-Unis. Les investissements étrangers en Inde sont de l’ordre de 5 milliards de $ quand la Chine attire plus de 50 milliards $. Mais les projections de Goldman Sachs, d’avril 2004, prédisent que l’Inde pourrait devenir la troisième économie du monde d’ici 30 ans. Dès 2032, le PIB de l’Inde dépasserait celui du Japon. En effet, l’Inde peut s’enorgueillir d’un taux de croissance annuel de son PIB de 5.7% en moyenne depuis 23 ans. Une progression de 8% a été atteinte sur l’année 2003-2004 avec une relative stabilité des prix. La même progression est attendue pour les 5 années à venir, faisant de l’Inde un pays développé à l’horizon 2020. « L’Inde se voit aujourd’hui comme un pays émergent, et non comme le défenseur des pays les plus pauvres » comme le souligne Christophe Jaffrelot, le directeur du Centre de Recherches et d’Etudes Internationales (Ceri).

L’Inde représente seulement 1% du commerce mondial et 1.5% de la richesse produite dans le monde, mais les choses changent. Le pays peut s’appuyer sur trois secteurs économiques d’importance : les services, l’industrie et l’agriculture.

 


 

LES 3 SECTEURS ECONOMIQUES PERFORMANTS

 

SERVICES

 

Le secteur des services a enregistré une progression de 10.9% en 2003-2004. Il a fortement contribué à tirer le PIB vers le haut Il y a une quinzaine d’années, ce secteur concernait des emplois de services peu qualifiés tels la saisie de données, le back office comptable, le traitement des transactions bancaires… Depuis les call centers des entreprises occidentales se sont multipliés en masse sur le sous-continent indien. 300000 personnes renseignent déjà les clients des entreprises de services du monde entier. D’ici 8 ans, les call centers emploieront 1 million d’indiens.

Mais selon Arjun Sehti, consultant chez AT Kearney, « des activités de plus en plus sophistiquées, à fort contenu intellectuel sont traités sur le sous-continent. L’avenir du pays, c’est la recherche-développement, les études d’ingénierie, l’analyse financière, les études de marchés effectuées à distance pour des clients ou des employeurs étrangers ».

C’est ainsi que les délocalisations en Inde concernent principalement les services high tech à haute valeur ajoutée. L’abondance d’une main d’œuvre d’un haut niveau de qualification à bas prix attire toujours plus d’entreprises étrangères. 1 million d’indien travaillent pour le secteur de l’informatique et des hautes technologies. L’Inde est devenu le premier exportateur mondial de services informatiques.

Bangalore, la « Silicon Valley » indienne  est devenue le quatrième pôle de haute technologie du monde. Pour preuve de ce dynamisme, deux entreprises étrangères s’implantent chaque semaine à Bangalore. IBM et Accenture emploient chacun 10000 employés, principalement à Bangalore. La division audiovisuelle de Philips a implanté, dans la ville  son plus grand centre de recherche il y a 3 ans. Il compte 1500 ingénieurs. Le groupe Philips a ainsi réussi à économiser 150 millions de $ et espère encore en réaliser 300 à 400 millions dans les années à venir. Les entreprises françaises ne sont pas en reste. D’après Alain Berder, chargés des technologies de l’information à l’ambassade de France à New Dehli, les entreprises françaises emploieraient 2500 à 3000 ingénieurs locaux. La Société Générale, AXA, Thalès, la Snecma, Delmia du groupe Dassault, Biomérieux ont développés des filiales à Bangalore. Atos et Cap Gemini ont plus de 800 consultants informaticiens à Bombay, où France Télécom est également présent. ST Microelectronics, Degrémont  ont fait le choix de s’implanter à New Dehli. Le directeur du centre de recherche d’Alcatel dédié aux équipements de télécoms, Subash Bana, évoque une économie de 30 à 40% par rapport à la France, malgré l’importation des matériels sophistiqués d’Europe ou des Etats-Unis.

Le tourisme occupe une part croissante de l’activité de service. Le World Travel and Tourism Council note que l’Inde a une économie touristique les plus dynamique du monde. La fréquentation est en hausse de 24% pour 2004 et a dépassé les 3 millions de visiteurs. Même les effets du Tsusami, n’ont pas eu d’impact fortement négatifs sur l’activité. Le tourisme progressera de 8.8% au cours des prochaines décennies et contribuera à créer 28 millions d’emplois. Par ailleurs, l’Inde s’affirme comme une destination économique pour le tourisme médical. Profitant de la qualification et de la disponibilité de son personnel, 150000 patients ont été soignés en 2003. L’Inde a le potentiel d’accueillir chaque année 1 million de touristes de la santé. 


INDUSTRIES

 

Le taux de croissance de l’industrie indienne était de 6.9% pour 2003-04. Les trois principaux secteurs d’exportations indiens sont par ordre la pharmacie, le textile habillement et l’industrie automobile. L’Inde est en effet très avancée dans le secteur de la pharmacie et des biotechnologies. Premier exportateur mondial de médicaments génériques, le pays est classé parmi les 15 plus grands pays fabricants de médicaments du monde et progresse de 15% par an. Avec des coûts de production inférieurs de 40 % à 50 % à ceux pratiqués en Europe ou aux Etats-Unis, avec leurs ingénieurs et leurs chercheurs, les spécialistes indiens de la copie disposent d'un savoir- faire reconnu. Depuis une dizaine d'années, les indiens Ramboxy, Cipla et Horobindo sont devenus les premiers fabricants de génériques à prix cassés. Depuis le 1er janvier 2005, l’Inde reconnaît la législation internationale sur le droit de la propriété intellectuelle. Jusqu'ici, les brevets dans la loi indienne ne protégeaient que les procédés de fabrication et non les produits. L'Inde pourrait passer, d'ici à une dizaine d'années, du stade des copies à celui des découvertes propres.

 

L’industrie textile est le 2ième pourvoyeur de main d’œuvre avec 35 millions d’emplois. A l’horizon 2013, l’Inde pourrait être le 2ième fournisseur mondial de produits textiles après la Chine, selon une étude de Mac Kinsey. La libéralisation des quotas du textile a été anticipé par le gouvernement indien et entraînerait seulement une légère baisse de l’activité textile pour 2005.

 

L’industrie automobile indienne représenterait 7 à 8% des exportations indiennes, 3,6 millions d’emplois, 2,5% du PIB et 275 équipementiers automobiles.  Elle est à la croisée des chemins, face à une opportunité immense liée à un marché domestique en forte croissance et une importante augmentation des achats des constructeurs mondiaux en provenance des pays émergents à bas coûts. Les résultats de l’industrie automobile indienne en 2003-04 furent excellents : 30% de croissance, plus d’un million de véhicules particuliers produits, près de 130 000 véhicules particuliers exportés et un milliard de USD de composants automobiles exportés. Déjà 13ème marché mondial, selon les prévisions de Mac Kinsey, l’Inde pourrait atteindre près de 3 millions de véhicules particuliers en 2015. Les avantages de l’industrie indienne résident dans sa capacité de design, d’ingénierie et d’usinage ainsi que dans sa forte disponibilité d’ingénieurs, coûtant encore peu cher. Le coût de la main d’œuvre ajustée à la productivité est inférieur à celui de tous les pays émergents sauf la Chine. Avec un indice 100 pour les Etats-Unis, l’Inde est à 19 et la Chine à 12.

AT Kearney avertit cependant que le risque et les compétences nécessaires ne sont pas toujours pris en compte dans les opérations d’outsourcing en Chine comme en Inde. « Seules 53% des entreprises ont une vision claire de la supply chain et de la logistique associée aux marchés émergents. »

 

Dans d’autres domaines industriels, l’Inde construit des satellites, et compte bien devenir l’un des principaux pays lanceurs à l’échelle de la planète avec pas moins de 135 satellites déjà mis en orbite. Par ailleurs, l’Inde est l’un des rares pays à posséder l’arme nucléaire depuis 1974. Ces avancées technologiques contribuent à modifier l’image de l’Inde dans le monde.

 


AGRICULTURE

 

L’Inde est le premier producteur de thé au monde, le 2ième de sucre, d’arachide, de blé et de riz, le 3ième producteur de coton. 24% du PIB du pays provient de l’agriculture, secteur qui emploi 58% de la population active. La croissance 2003-2004 du secteur de presque 10%, liée aux conditions météorologiques  explique pour partie le taux de croissance du pays. L’Inde a réussi l’exploit de devenir autosuffisante malgré le triplement de sa population grâce à l’irrigation, l’introduction de semences performantes et l’utilisation des OGM. Le gouvernement indien prévoit que l’excès de main d’œuvre dans ce secteur devra être absorbé par l’industrie, entraînant un exode rural vers les villes.

 

 

 

 

PROSPECTIVES

 

L’Inde est en voie de devenir le paradis des délocalisations high tech. Les entreprises internationales entendent profiter d’une part de l’économie du savoir disponible en Inde à moindre coût et d’autre part d’un immense marché au pouvoir d’achat en hausse. Ne devrait on pas alors parler de localisation des entreprises sur un marché émergent ? L’Inde est ainsi devenue un champ de compétition entre Airbus et Boeing, les deux entreprises ayant des partenaires indiens.  

Tout comme en Chine, un autre phénomène économique apparaît. Les entreprises indiennes ne se contentent plus de sous-traitance, certaines d’entre elles ont l’ambition d’être globale. Infosys est présent sur quatre continents, Bharat Forge est en Allemagne, Ranbaxy et Zydus Cadila ont racheté respectivement la filiale générique d’Aventis et d’Alpharma.

L’Inde a encore du chemin à parcourir avant de devenir la 3ième économie du monde en 2032. Ses activités de haute technologie en réseau avec le monde entier font fi d’une insuffisance de son infrastructure et d’une bureaucratie pesante.

 

Le plus grand chantier sera de réduire l’écart de développement qui se creuse entre  une petite élite urbaine mondialisée et une immense majorité non qualifiée dont 430 millions de pauvres, souffrant d’analphabétisme. Même quand l’Inde aura un PIB dans le peloton de tête des nations, la richesse par habitant sera loin d’égaler celle des pays occidentaux.

 

Sur le plan des relations internationales et sous la pression des Etats-Unis, l’Inde normalise peu à peu ses relations avec son voisin Pakistanais qui pourrait voir transiter sur son sol un gazoduc entre l’Iran et l’Inde. La Chine et l’Inde ont tous deux besoin d’énergie pour assurer leur croissance. Leur rapprochement au sein du groupe BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) leur permettrait de prendre des parts dans le pétrole Russe. La nouvelle gravité sino-indienne se caractérise par l’intensité des liens économiques. La Chine est le principal pays exportateur vers l’Inde, qui en échange exporte ses logiciels et autres produits pharmaceutiques, de quoi  mettre en sourdine des contentieux de frontière.

L’Inde est un géant en mouvement.

 

 

 

 


SOURCES D’INFORMATION

 

Sites Internet

www.intstudy.com/india/engineeringusa.htm

www.indiadaily.com

www.indiastat.com

www.education.nic.in

www.lexpress.presse.fr

www.amb-inde.fr

www.timeofindia.indiatimes.com

www.indiainbusiness.nic.in

www.ibef.org

www.missioneco.org/inde

www.info.france2.fr/emissions (un œil sur la planète)

www.arte-tv.com/fr/histoire-societe/le-dessous-des-cartes

www.lesechos.fr

www.studentsoftheworld.info/infopays/rankfr/PIBH2.html

www.indiaonestop.com/economy-link.htm

www.economywatch.com/indianeconomy/indian-economy-overview.html

www.bangaloreit.com

www.latribune.fr

www.interstars.net

 

Revues

Alternatives économiques n°222 Février 2004 et n°220 Décembre 2003

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